Le 26 mai 2026, RESADE a organisé à Ouagadougou un atelier de restitution des résultats de la dernière phase de l’évaluation de l’Écosystème Digital Minimal (EDM). Acteurs du Ministère de la Santé et partenaires techniques et financiers ont échangé autour des acquis et des défis de cette initiative de digitalisation des soins de santé primaires au Burkina Faso.
Contexte et objectifs de l’évaluation
Lancé en juillet 2023 dans les districts sanitaires de Ziniaré et Ténado, l’EDM vise à renforcer la gouvernance, l’efficience et la qualité des soins dans les structures sanitaires. L’évaluation, conduite par RESADE entre mai 2025 et février 2026, dans les districts sanitaires de Ténado et Ziniaré, avec Manga et Sapouy sélectionnés comme districts témoins.
L’atelier avait pour objectifs de partager les résultats avec les acteurs concernés, d’échanger autour des résultats de l’évaluation, et de recueillir des observations et procéder à la validation du rapport.
| 7 / 8 Outils numériques en progression entre les phases 4 et 5 |
> 90 % Des infirmiers chefs de poste confirment un impact positif de l’EDM |
x 2 Formations sanitaires en profil Succès (de 23 a 44 structures) |
Des avancées notables sur le terrain
L’évaluation met en évidence une appropriation et utilisation progressives des outils dans les districts sanitaires . Sept des huit outils numériques déployés sont couramment utilisés. Les formations sanitaires ayant de très bonnes performances ont presque doublé, passant de 23 à 44 structures sur les 72 enquêtées. Les structures qui étaient moins performantes rattrapent leurs retards, traduisant une amélioration continue de l’implémentation des outils.
L’adhésion des acteurs de terrain est forte : plus de 90 % des infirmiers chefs de poste estiment que l’EDM a un impact positif, et près de 97 % déclarent utiliser les données dans leurs prises de décision. Une amélioration de la satisfaction des usagers, notamment des parturientes, a également été relevée.
Des défis structurels à surmonter
- Connectivité internet instable ou indisponible dans certaines localités des districts, freinant la transmission des données
- Faible disponibilité de ressources financières pour l’abonnement internet, la maintenance et le renouvellement du matériel
- Indisponibilité d’une source stable d’énergie électrique pour alimenter le fonctionnement des équipements numériques
- Interopérabilité incomplète des outils numériques
- Indisponibilité du tableau de bord de l’EDM pour mieux orienter les prises de décision à tous les niveaux de la pyramide sanitaires
- Insuffisance de formation des acteurs sur la prise de décision
- Absence de lignes budgétaires dédiées à l’EDM au sein du ministère de la santé
- Gouvernance à clarifier : non opérationnalisation des points focaux, défis de coordination entre le Ministère de la Santé et les ONG partenaires
Le rapport a notamment insisté sur la nécessité de procéder à une prise en compte minutieuse des défis et insuffisances identifiées à prélude à la mise à l’échelle.
Recommandations issues de l’atelier
À l’issue des discussions, les participants se sont alignés sur les principales recommandations formulées par les évaluateurs :
| La correction des bugs systémiques des outils | Activer la boucle décisionnelle : déploiement du tableau de bords |
| Assurer la pérennisation à travers l’inscription d’une ligne budgétaire dédiée à la digitalisation dans le budget du MS | Réforme de la gouvernance : réactivation des organes statutaires (COPIL et Groupe technique) |
| Consolider les outils existants avant toute nouvelle mise à l’échelle | Évaluation de la Phase de transition vers le CeNIS |
Vers un Centre National d’Intelligence Sanitaire
Au-delà des défis immédiats, l’atelier a permis de dessiner les contours d’une vision à plus long terme. L’EDM est désormais perçu comme une étape vers la création d’un Centre National d’Intelligence Sanitaire (CeNIS), chargé de centraliser, analyser et valoriser les données de santé pour le pilotage stratégique du système.
Cette transition vers une plateforme davantage intégrée, centrée sur le parcours du patient, fait consensus parmi les acteurs. Les participants ont toutefois insisté sur la nécessité d’une planification rigoureuse et progressive pour préserver les acquis.
En bref
Le rapport d’évaluation finale de l’EDM a été validé par acclamation à l’issue de l’atelier, sous réserve de la prise en compte des amendements formulés. L’initiative a réussi à amorcer la digitalisation du système de santé burkinabè et bénéficie d’une forte adhésion. Les prochains mois seront décisifs pour consolider ces acquis et activer pleinement la boucle décisionnelle basée sur les données.